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Tatouage et société

Tatouage au travail : le tattoo dans l’entreprise

Tatouage code barre - tattoo et entreprise

Tatouage code barre - tattoo et entreprise

Le tatouage dans l’entreprise est semble-t’il aujourd’hui encore un frein à l’embauche comme à l’accession à certaines fonctions. Si il est communément admis, de nos jours, que le tatouage est porté par monsieur ou madame tout le monde, les barrière étant clairement tombées, sans distinction d’âge, d’appartenance culturelle, ethnique ou de milieu social, chacun connaissant forcément une ou plusieurs personnes tatouée dans son entourage plus ou moins proche, il n’en va pas forcément de même pour la perception du tatouage dans l’entreprise et dans le monde du travail. Petit état des lieux de la situation actuelle, de la législation et de la jurisprudence dans le domaine.

En parallèle à cette démocratisation du tatouage, qui a connu une entrée dans les mœurs très rapide ces 20 dernières années, la pratique consistant à s’encrer la peau, et plus généralement à apporter des modifications artificielles à son corps reste aujourd’hui encore pour une frange plus âgée de la population un signe auto-destructeur de rébellion et de mise en marge de la société, reliant la pratique à la drogue, la délinquance et autres préjugés à la vie dure. De par sa popularité grandissante, associée à son caractère irréversible (ou presque, voir par ailleurs la pratique du détatouage au laser), le tatouage est voué à se banaliser toujours plus, à sortir de la mauvaise image qu’il véhicule encore parfois dans les sociétés occidentales. Nous évoluons aujourd’hui dans une situation à mi-chemin entre acceptation généralisée et rejet non avoué, la législation en matière de body art en étant encore à ses balbutiements, que ce soit au niveau de l’encadrement de la pratique ou des codes tacites de notre environnement sociétal.

Le tatouage représente aujourd’hui pour la plupart de ses adeptes une démarche visant à se ré-approprier sa propre personnalité, à se forger une nouvelle identité, dans un cadre imposant ses codes culturels et ses modes de pensée au niveau global, poussant l’individu à ne plus penser par lui-même, tout en exacerbant, paradoxalement, son individualisme. Le tattoo n’est plus systématiquement considéré comme excluant l’individu, comme cela a été le cas par le passé, jusqu’à la fin des années 80, voire le début des années 90. Le tatouage était alors l’attribut des bikers, des blousons noirs, marins, taulard et autres skinheads, autant de groupes en marge de la société, pour diverses raisons propres à leur identité et à leurs convictions politiques, morales ou religieuses. Aujourd’hui, il apparait plus comme une façon de démontrer son originalité, de crier sa révolte identitaire. Il est en phase de devenir jour après jour un accessoire de mode comme un autre, bien que cet aspect se heurtera toujours à la nature éphémère de la mode.


Le tatouage au travail

Le tatouage au travail

Edmond Locard, dans son traité de criminalistique, raconte en 1932 une anecdote au sujet de la relation entre tattoo et société :
« En Guyane une douzaine de personnes, suspectées d’être des forçats évadés du bagne, sont présentés au tribunal. Le président penche pour une relaxe des cas douteux. Ce n’est pas l’avis de l’agent français qui souhaite que tous les hommes soient condamnés.
« D’ailleurs, dit-il au président, le seul fait que ces hommes soient tatoués prouve leur origine pénale. »
« Vous y allez un peu fort, monsieur », réplique outré le président qui relève alors une de ses manches arborant un large dessin. « Moi aussi, je suis tatoué, et pourtant je ne viens pas de Cayenne. » Et il libère les prévenus. » Source : « Signes d’identité : Tatouages, piercing et autres marques corporelles » de David Le Breton

Dans l’entreprise, le monde du travail n’étant qu’un reflet à plus petite échelle de la société, un reflet plus policé et cadré, régit par des codes plus durs, cette tendance à l’acceptation du tatouage existe également. Elle reste pourtant limitée à une problématique majeure : le tatouage peut-il être caché ? Au final, le dernier espace de liberté et de rébellion initialement trouvé dans la pratique même du tatouage se retrouve aujourd’hui dans cette simple problématique consistant à pouvoir dissimuler ou non un tatouage à la vue de son employeur, de ses collègues, de ses clients. Le monde du travail étant un monde miniature ou tout est souvent plus dur à justifier, le tatouage peut encore passer pour un gage de manque de sérieux, même auprès de personnes qui acceptent par ailleurs parfaitement l’idée du tatouage dans la société, que ce soit chez l’individu lambda ou chez la star regardée en boucle à la télévision. Au travail, on cache donc en général instinctivement son tatouage. A l’exception de rares profession liées souvent au domaine de la création artistique (musique, culture, design, création graphique par exemple), le tatouage reste dans la sphère privée et n’est généralement pas montré par l’employé tatoué. La limite entre les raisons privées et publiques de l’acte de tatouage étant différente pour chacun, tous les tatoués ne vivront pas cette obligation tacite de dissimulation de la même façon.

Le tatouage accepté dans l'entreprise ?

Le tatouage accepté dans l'entreprise ?

Le deuxième aspect jouant un rôle important dans cette phase de soustraction du tattoo à la vue d’autrui, est celui de la nature du tatouage, qui ne sera pas vu de la même manière si il s’agit d’un motif de petite taille, d’un modèle commun (tatouage tribal en bas du dos pour les femmes, bracelet tribal sur le bras pour les hommes par exemple), que si le motif représenté est placé sur un bras intégral ,dans le cou, sur les mains, ou, de manière plus extrême encore, sur le visage. Le motif représenté est également une source potentielle de non acceptation : un tatouage gore ou morbide sera naturellement moins bien accepté qu’un tattoo de papillon.


Outre ces considérations sur l’emplacement de la pièce et son motif, il reste des professions pour lesquelles le tatouage est sinon proscrit, fortement déconseillé : le monde de la restauration, très à cheval sur la présentation, en est une des meilleurse illustrations. Citons également certains corps de la fonction publique et représentants étatiques comme les fonctionnaires de police par exemple.

Au niveau législatif, le code du travail reste encore flou sur le tatouage, le limitant dans le cadre fort peu défini de « l’apparence physique » prévoit certaines dispositions sur la discrimination au travail et à l’embauche :

Article L. 1132-1 du code du travail : « Aucune personne ne peut être écartée d’une procédure de recrutement ou de l’accès à un stage ou à une période de formation en entreprise, aucun salarié ne peut être sanctionné, licencié ou faire l’objet d’une mesure discriminatoire, directe ou indirecte, notamment en matière de rémunération, de formation, de reclassement, d’affectation, de qualification, de classification, de promotion professionnelle, de mutation ou de renouvellement de contrat en raison de son origine, de son sexe, de ses mœurs, de son orientation sexuelle, de son âge, de sa situation de famille, de ses caractéristiques génétiques, de son appartenance ou de sa non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie, une nation ou une race, de ses opinions politiques, de ses activités syndicales ou mutualistes, de ses convictions religieuses, de son apparence physique, de son patronyme ou, sauf inaptitude constatée par le médecin du travail dans le cadre du titre IV du livre II du présent code, en raison de son état de santé »

La discrimination à l’embauche en raison d’un tatouage pose bien entendu, comme pour tout autre problématique liée à l’apparence physique, la question de la preuve : le candidat éconduit pourra difficilement prouver que la raison du refus est directement liée à ses tattoos. C’est pourquoi on conseille généralement à un candidat de pouvoir facilement dissimuler les pièces qu’il porte sur le corps, sans avoir besoin de recourir à des artifices comme un bandage, un pansement…

Tatouage sur le visage et costume cravate

Tatouage sur le visage et costume cravate

Le licenciement en raison d’un tatouage est théoriquement improbable. Contrairement aux problématiques d’uniforme ou d’habillement (la jurisprudence a montré qu’un salarié pouvait être licencié en raison d’une tenue vestimentaire inappropriée à son univers de travail : short, jogging…), le tatouage étant impossible à retirer et faisant partie de l’intégrité corporelledu travailleur, il n’existe aujourd’hui pas de trace allant dans ce sens en matière de jurisprudence. On pourra néanmoins penser qu’un tatouage à la symbolique forte, allant à l’encontre de lois (tatouage nazi par exemple, ou plus généralement incitant à la haine raciale) pourra être considéré comme un motif de licenciement, si il s’accompagne d’un refus du salarié de le cacher, ou de son incapacité à le faire, dans un cadre ou il est clairement prouvé que cela peut nuire à la bonne marche de l’entreprise (relation avec la clientèle, que l’on juge souvent à tort comme représentative du respect des bonnes mœurs). Les motifs jugés choquants ou violents, et situés à des endroits particuliers comme le visage, pourraient également être la source de conflits professionnels et pousser un employeur à adopter des mesures visant à démontrer la nuisance du tatouage à la bonne marche de l’entreprise. Cependant, l’instauration de mesures visant à interdire la pratique du tatouage dans une entreprise est une solution que peu tenteront de pratiquer, puisqu’ils retomberaient hors du giron toléré par l’inspection du travail en matière de règlement intérieur, celui-ci devant se cantonner aux pratiques de travail. On retrouve d’ailleurs quelques décisions de justice allant dans le sens du tatouage comme dépendant du respect de la vie privée et de la liberté d’expression.


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